Détail de la photo: cocons de fée, exposition Chrysalide feutrée et envolées d’histoires

 Se permettre ses couleurs

 Il peut y avoir toutes sortes d’handicaps, ou blessures du coeur qui nous empêche d’assumer nos couleurs 

En 2016, je me suis fait offrir une salle d’exposition complète dans une bibliothèque. J’aurais pu refuser. La commande était grosse.
Il faut que je vous dise que le délai était rapproché, au début, je n’avais pas compris que l’on me faisait cette proposition, je croyais que l’on parlait seulement d’une petite vitrine pour accompagner une tournée d’ateliers d’initiation au feutrage que je me préparais à offrir. Une fois le quiproquo élucidé, j’avais déjà perdu plusieurs mois de préparation,

 Je suis allée au chalet de mes parents, afin de réfléchir à cette proposition. J’avançais dans l’eau pour me baigner, et je me suis dit, j’ai le choix de mes laisser caler au fond de l’eau et de refuser cette offre extraordinaire, ou de toucher le fond pour remonter. Au même instant, je me suis rendue compte que je marchais sur une belle branche de bois de grève. Elle a été la première élue pour participer à l’exposition. 

 J’ai aussi contacté plusieurs personnes pour venir me prêter mains fortes et j’ai réalisé que cette expo coïncidait avec mes 28 ans de carrière en contes, quatre fois sept ans. Quatre fois sept ans, à vivre toutes sortes de transitions et à travailler parfois en parallèle à de petits boulots pour assurer ma subsistance, mais, au bout du compte,  4 x 7 ans à ne pas lâcher prise. 

J’ai articulé l’exposition autour d’un concept. Et si Maeve , la reine des elfes et des fées, cherchait à protéger son petit peuple? Et si elle n’en pouvait plus de pleurer la perte des gens les plus sensibles, les plus aériens, dans notre monde si cartésien? Elle pourrait prendre la décision de confier la dernière-née à Sort-ciel, la sorcière de la forêt. Ainsi cette femme avisée, à la limite malcommode, pourrait transmettre à sa petite protégée, les mille et une façons de se faire un bouclier.

 J’ai agit à plusieurs reprises, à titre de guide lors de cette exposition et je garde un souvenir indélébile des gens qui ont déposé des bagages de vie trop lourd, en entendant ces petits trucs tout simples afin de ne pas renier leurs ailes.  Quant à moi, les cocons de fée, suspendues dans le coffre de l’imaginaire grand ouvert, me rappelaient que si on peut faire du bien autour de soi avec notre vision poétique de la vie, le premier devoir est envers soi, celui de se reposer dans nos propres couleurs, dans ce qui caractérise notre personnalité, non pas pour que nos ailes grandissent, car elles sont déjà là, et ce depuis notre naissance, mais pour ne pas qu’elles s’affadissent. Ces cocons ont été confectionnés à partir de bouts de feutres laissés en héritage par une femme sage qui avait fait beaucoup de bien autour d’elle. Je les touchais avec reconnaissance.

 Souvent on a besoin d’aide pour réaliser que notre magie vaut la peine de s’y consacrer, de s’y lover, comme dans un cocon. Peu d’entre nous ne s’accorde la permission de s’y retirer régulièrement, on préfère s’épivarder, mais il suffit de se rappeler le nom que leur donne la merveilleuse conteuse Sophie Boissonneault, les « cocons-conscience », pour se rendre compte que ce n’est pas un luxe de se retirer parfois au coeur de soi, dans la soie… de notre Soi….